Histoire et patrimoine
La commune de Boulouparis possède un héritage historique riche et encore largement méconnu. Des traces préhistoriques aux vestiges coloniaux, elle conserve les marques d’une histoire millénaire et plurielle
Les traces préhistoriques de Boulouparis
Le premier inventaire de sites archéologiques de la Grande Terre fut réalisé en 1952 par deux Américains E.W. Gifford et D. Shutler conduits tout deux par Luc Chevalier, directeur du Musée de Nouméa.
Le mystère des Tumulus
Il existe sur la commune un certain nombre de bombements de terre d’environ 1,5 m de haut et une dizaine de mètres de diamètre. D’après certains archéologues, ces tumulus avaient été construits par l’homme il y a plus de 4 000 ans, même si les datations sont aujourd’hui remises en cause.
Le plus ancien peuplement humain de la Nouvelle-Calédonie
La plus ancienne arrivée de population est datée entre 1 200 et 1 000 ans avant JC. Des populations originaires d’Asie du Sud-Est développent une culture originale qui s’étend du sud-ouest jusqu’en Polynésie occidentale durant la moitié du deuxième millénaire, leur présence se caractérise principalement grâce à la nourriture et aux vestiges de poteries retrouvés au bord de mer. Cette poterie souvent retrouvée sur les sites est appelée Ovoïdes. Décorées d’incisions et formant des motifs en chevrons et en triangles, l’une d’elle fut découverte entière lors d’une exploitation de carrière du sable sur l’îlot Puen, et c’est pour cette raison que la tradition céramique incisée de Païta, caractéristique de la région de Boulouparis, porte le nom de « La tradition céramique de Puen ».
Il est difficile encore aujourd’hui de dater la première installation humaine sur la commune, bien qu’il soit certain que la présence des hommes aussi bien sur la Grande Terre que sur les îlots existe depuis la première moitié du millénaire avant JC. L’augmentation de la population au cours des siècles entraîne alors la fondation de multiples sites d’habitat, parallèlement à la première occupation de certaines plaines alluviales.
Le bouleversement dans le sud-ouest de la Grande Terre durant la première moitié du XIXe siècle
Selon Christophe Sand, Départements Archéologie, service des Musées et du Patrimoine, le premier texte européen de la région date de 1803 à St Vincent, lorsque le navire australien Buffalo fait escale durant un mois dans la baie de Tomo. Les échanges entre les différents groupes kanaks de la région permettent de se ravitailler en produits frais et le capitaine Kent indique que les îlots de la baie comportent des cultures horticoles. Les récits des traditions orales indiquent que durant la première moitié du XIXe siècle des guerres violentes entre un groupe expansionniste de la région de la Tontouta (Les Kamboa) et ses voisins frappèrent le sud-ouest de la Grande Terre en particulier à Boulouparis et la Ouenghi.
Municipalité de Boulouparis
Premier registre de l’état civil de BOULOUPARIS
Le premier registre de l’état civil de Boulouparis est daté de 1876, soit trois ans avant la création des premières commissions municipales. Comme celle de St Vincent, la commission municipale de Boulouparis fut créée par l’arrêté du 2 juillet 1879 qui en fixa les limites.
Cette année-là, Charles Devambez crée une station d’élevage de 10 000 ha, non loin de la tribu de Ouitchambo, et fit construire le fameux château Devambez où il résida avec sa famille. Il est aussi à l’origine du service du tour de côte assuré avec deux bateaux à vapeur.
De 1880 à 1894, des familles de colons Feuillet s’installent à Boulouparis principalement dans la région de Gilles–Ouaménie.
Il faudra attendre 1961 pour que soient instituées les 30 municipalités de la Grande Terre et surtout la loi du 3 janvier 1969 pour que leurs compétences soient semblables à celle de Métropole.
En 1969, Georges Creugnet devint maire de Boulouparis avec pour successeurs Maurice Olivier, Georges Guerlain, Michel Magnier et Alain Lazare.
130 ans d’Histoire
Les premiers lots urbains du village furent distribués il y a 130 ans.
La création du village est pour le moins unique, voire insolite dans l’histoire Calédonienne.
Au début des années 1870, l’administration envisageait la baie Arembo ou la presqu’île de Bouraké plutôt que la rive de la Oua-Ya comme site pour le futur village
Dès 1867 des éleveurs anglo-saxons s’étaient établis sur les périmètres de la Ouaménie et de Boulouparis, délimités en janvier 1868 par le géomètre Jules Parquet.
Les premiers spéculateurs avaient également fait leur apparition dans la région, tels John Higginson et le négociant Néo–Zélandais, John Cruickshank. C’est ce dernier qui, à partir d’octobre 1867, avait fait occuper ses 800 ha par les jeunes colons néo–zélandais, James Walker et les frères John et Robert Henderson. De la fin des années 1860 au début des années 1870, on trouve ainsi les noms de Stuart, Begg, Frogg, Gilles, Henderson, Roberton, Stuart, Thomson, Walker, puis, ultérieurement, Bull et Lewis.
Le Camp Brun
Le Camp Brun, surnommé « Camp de l’horreur » fut créé en 1876 par le directeur de l’administration pénitentiaire de l’époque, M. Charrière. Il lui fallait un endroit pour enfermer les forçats de quatrième classe (les plus punis sévèrement). Charrière fera alors construire le camp disciplinaire sur l’ex-propriété de Gratien Brun d’où le nom le Camp Brun.
Le camp fut construit de 1876 à 1878. Les forçats étaient amenés à pied de Nouméa par groupe de dix. Ce trajet était fait en quatre jours pour 98 km.
Ce camp fut construit dans une cuvette. Trois grandes cases servaient de dortoirs. Elles avaient des murs en pierre inclinés sur 1,20 m de hauteur avec des troncs d’arbres coulés à l’intérieur. Elles pouvaient accueillir environ 70 condamnés. Une double palissade en bois entourait les dortoirs.
En face des dortoirs, s’élevaient deux bâtiments. D’un côté, les cellules et de l’autre, les prisons. Les deux bâtiments se trouvaient légèrement surélevés par rapport aux dortoirs. En haut sur la colline, la caserne des surveillants qui étaient tous célibataires, avec les remises à outils, nourriture, boulangerie,…
La vie de ces bagnards était plus que dure :
- Il y avait entre 130 et 180 condamnés dans le camp.
- Ils étaient soumis à la règle de 8h de travaux par jour
- Les repas étaient minces (600 g de pain et une louche de soupe et une de haricots)
- Ils dormaient sur des paillasses en ciment
- Ils portaient un pantalon informe et un sarrau confectionnés tout deux dans une sorte de toile à sac grossière et rugueuse
C’est seulement en 1882 que nous assistons à une tentative d’organisation du camp disciplinaire.
Bernard Desarmagnac, 17.01.95
Le « Château » de Ouitchambo
Cette magnifique demeure qui surplombait la tribu, fut construite à la fin des années 1890 par Charles Devambez qui y habita avec sa famille au début du siècle. Sa maison fut construite avec le bois de la région, de la chaux, des pierres, des briques et des tôles. Elle était composée de :
- cinq pièces au rez-de-chaussée : une grande salle avec un parquet fabriqué en cœur de bois-de-fer, une bibliothèque, un bureau et une chambre d’amis
- six pièces au premier étage entouré d’une véranda avec un balcon en fer forgé et deux escaliers
- La cave qui servait de réserve d’aliments
- Une grande cour à l’arrière qui s’ouvre sur la boulangerie avec son four à pain, le magasin, la cuisine, la salle de bain,…
Au-delà de ces bâtiments, en allant vers la rivière, on trouve la scierie qui a servi à couper le bois pour construire le château où d’ailleurs il reste encore une grande machine appelée scie à ruban.
Non loin de la maison, se trouve un petit cimetière où reposent C. Devambez, sa femme, sa fille et son fils.
En 2005 malheureusement, il ne reste que peu de traces de cet bel édifice.
L’ex-propriété Le Goupils
Cette propriété située au pied du col de Nassirah conserve les vestiges de plusieurs bâtisses construites par le prédécesseur de M. Le Goupils, M Warney, ainsi que des constructions des nouveaux acquéreurs.
Près des « Bambounières », l’usine à café se compose d’un grand bâtiment aux murs de chaux. À l’arrière, subsistent encore des dalles servant de séchoir à café. Tout près de ce bâtiment se dresse un ancien puits couvert. À côté, la dépulpeuse alimentée par un canal à ciel ouvert se déverse dans deux bassins de lavage des cerises de café dépulpées. En remontant vers le logis du maître, le magnifique poulailler au toit rouge a été rénové comme résidence secondaire.
Sur un monticule surplombant plusieurs constructions, la splendide maison de maître à l’architecture coloniale, est bâtie sur un soubassement de pierres assez élevé pour contenir un magasin et quelques pièces de débarras. D’autres constructions non moins importantes sont disséminées autour d’elle : un magasin, une boulangerie, un hangar à charrettes et une écurie. L’ensemble est entouré par de splendides murailles de pierre.
Les Américains et les Néo-Zélandais à Boulouparis
Lors de l’appel du 18 juin 1940 lancé par de Gaulle, la Nouvelle-Calédonie entend celui-ci et se rallie à la France libre le 19 septembre 1940.
La défense du Territoire s’organise alors avec les moyens du bord :
- 700 hommes à la caserne
- 1 200 hommes dans la milice civique (dont le chef pour le centre de Boulouparis sera L. Devambez)
- Environ 5 000 soldats australiens et néo-zélandais
La Mairie a confié à Monsieur Frédéric ANGLEVIEL (Historien Français spécialiste de la Nouvelle-Calédonie et de Wallis et Futuna) la réalisation d’un ouvrage sur l’histoire de BOULOUPARIS.
D’ailleurs, un mémorial néo-zélandais, commémorant cette période, est visible au parc de la Ouaya.
Le pont Eiffel
Le pont de la Ouenghi, conçu en 1891 dans les ateliers de Gustave Eiffel, est le seul ouvrage Eiffel de toute l’Océanie.
Il est reconnu par l’association des descendants de Gustave Eiffel.
Ce site amené à devenir un espace récréatif et culturel a été inauguré par le Maire Pascal Vittori, le 30 décembre 2023 à l’occasion de la célébration internationale du centenaire de la mort de Gustave Eiffel.
À cette occasion, les artistes du collectif « Libre comme l’art », dirigés par Lulla Coiquaud ont réalisé une oeuvre monumentale, unique et singulière sur laquelle le mot EIFFEL apparaît en lettres géantes.
La Cheminée
Vestige emblématique de l’ancienne sucrerie de Ouaménie, la cheminée se dresse comme l’un des derniers témoins de l’industrialisation agricole du XIXᵉ siècle à Boulouparis. Construite en pierre et en moellons, elle rappelle l’importance de la production sucrière dans le développement économique et humain du territoire. Repère paysager durable, elle constitue aujourd’hui un élément majeur du patrimoine historique communal et de la mémoire collective locale.
Elle se situe sur la route touristique de Boulouparis, au carrefour de la Ouaménie et de Bouraké. Ce monument est classé au titre du patrimoine par la Province Sud.
Le poste Arthaud
Édifié en 1879, le poste Arthaud faisait partie d’un ensemble de petites implantations militaires destinées à organiser et sécuriser le territoire dans un contexte de tensions.
Le poste se présentait comme une enceinte quadrangulaire d’environ 25 mètres de côté, protégée par un fossé et des palissades.
À l’intérieur, on trouvait quelques constructions simples : des cases rondes, un bâtiment en terre battue servant de logement aux soldats et un petit magasin à vivres. Son aménagement illustre la manière dont les troupes s’adaptaient aux réalités locales.
Les soldats vivaient dans des conditions parfois rudes : isolement, difficultés d’approvisionnement, climat exigeant.
Leur quotidien était rythmé par les tours de garde, les patrouilles et l’entretien du site.
Ces témoignages de vie traduisent la réalité d’une présence militaire dans des zones éloignées.
Le poste Arthaud ne fut occupé que quelques années avant d’être laissé à l’abandon, son rôle devenant rapidement secondaire.
Aujourd’hui, ses vestiges demeurent comme une trace du passé. Ils offrent un éclairage précieux sur cette période de l’histoire et sur les modes d’implantation militaire de l’époque.
La maison Mathieu
La maison Mathieu, bâtisse centenaire, a vu l’arrivée des premières familles fondatrices du village.
Aujourd’hui, la mairie souhaite lui donner une nouvelle vie en la transformant en maison-musée.
Construite en torchis, avec des matériaux locaux, la maison Mathieu est l’une des plus anciennes maisons de Boulouparis et de la Nouvelle-Calédonie.
Elle raconte l’ingéniosité et la résilience des colons libres, venus bâtir une nouvelle vie.
À la fin du 19e siècle, treize familles s’installent à Boulouparis.
Elles découvrent une terre difficile à cultiver mais posent les bases du village.
La maison Mathieu devient leur refuge et témoin de cette époque pionnière.
La mairie de Boulouparis a racheté la maison Mathieu.
Objectif : préserver ce patrimoine et partager cette mémoire collective en créant un espace vivant, mêlant histoire et savoir-faire local.
